Skip to Main content Skip to Navigation
New interface
Conference papers

Le problème du novice et des deux experts en épistémologie sociale et l'architecture de la justification.

Résumé : Dans un article intitulé « Experts: Which Ones Should You Trust? » (2001), Alvin Goldman étudie le cas d'un novice confronté à deux experts en désaccord. Avec cet exemple, Goldman cherche à échapper à la dichotomie entre réductionnisme et anti-réductionnisme pour s'interroger sur les conditions d'un choix rationnel. Le problème n'est donc pas ici celui de la fiabilité de la croyance testimoniale mais celui de l'attitude à adopter face à un désaccord qui dépasse notre compétence épistémique. Refusant la possibilité d'un choix « aveugle » (Hardwing 1985), Goldman montre néanmoins les limites des solutions traditionnelles à ce problème. Le novice n'a que peu de chance de pouvoir se forger un avis rationnellement construit en assistant à un débat entre les deux experts. La technicité de la discussion et les qualités pédagogiques et rhétoriques des experts risquent de biaiser le débat. De même, convoquer des méta-experts pour étudier les arguments des premiers experts conduit à une justification circulaire. Enfin, identifier les positions majoritaires du champ disciplinaire des experts ne nous assure pas que celles-ci sont épistémiquement préférables. Goldman apporte alors une solution originale : rechercher des informations sur les anciennes décisions des experts (« Past Track Records »). Ce « bilan » permettrait alors de mettre en lumière la propension de tel ou tel expert à se tromper ou à avoir raison. En effet, un certain nombre de choix auparavant ésotériques deviennent a posteriori exotériques (l'économiste qui prédit une crise qui se réalise devient plus crédible à l'avenir). Le novice peut alors donner plus de crédit à l'expert qui s'est le moins trompé dans le passé et prendre une décision rationnelle. La présente contribution se propose d'étudier la portée de l'argument de Goldman ramené à des considérations méta-épistémologiques. Même si cet argument des « Past Track Records » soulève en lui-même des problèmes que nous présenterons et discuterons, ce sont les présupposés nécessaires à sa formulation qui motivent cette contribution. Je défendrai en effet la position selon laquelle l'argument des « Past Track Records » n'est pas compatible avec le fiabilisme des processus comme théorie de la justification épistémique. Si mon analyse est correcte, l'épistémologie sociale goldmanienne doit soit abandonner le fiabilisme des processus, soit l'argument des « Past Track Records » pour rester cohérente. Le fiabilisme, tel que développé par Goldman (1979), fait dépendre la justification d'une croyance du processus causal qui est à son origine. Selon la nature de ce processus, nous pouvons donner du crédit à la croyance ou nous devons, au contraire, la rejeter comme non fiable. Or dans le cas de l'argument des « Past Track Records », ce n'est pas la fiabilité des processus causaux d'acquisition des croyances des experts qui permet au novice de leur donner ou non son assentiment. Il lui suffit de reconnaître que l'expert est parvenu statistiquement plutôt à des croyances vraies que fausses dans le passé. Ainsi, le processus de génération de croyances à leurs origines n'est d'aucune utilité dans l'argument de Goldman. Cela ouvre la possibilité de déclarer comme fiable un expert dont les croyances se sont révélées généralement vraies mais issues de processus d'acquisition douteux. La pertinence de ces croyances pourraient alors dépendre d'autre chose que de son attitude épistémique (un environnement épistémique privilégié, par exemple, masquerait un manque de discernement de l'agent). Certes, Goldman peut répondre en considérant comme fiables des processus de génération de croyances habituellement dévalorisés. Pour lui, c'est en effet la propension d'un processus à générer des croyances vraies qui fixe la fiabilité du processus (véritisme) et rien d'autre. Cependant, Goldman affirme alors que tout accès à une croyance vraie présuppose un processus causal fiable alors que seul l'inverse pourrait être acceptable. Après avoir présenté les différentes étapes du contre-argument, je fournirai des pistes pour y répondre. La meilleure alternative semble de rejeter le fiabilisme de processus ou de reformuler cette théorie de la justification. L'épistémologie des vertus ou un « fiabilisme de l'agent » (Greco 1999) peuvent fournir les cadres conceptuels appropriés. Il est nécessaire de rattacher la fiabilité des processus épistémiques à l'agent en question. Un expert n'est alors fiable que parce que son attitude épistémique propre lui a permis, par le passé, d'atteindre la vérité et non parce qu'il en est venu à croire une majorité de propositions vraies. On peut alors parler de connaissance.
Document type :
Conference papers
Complete list of metadata

Cited literature [3 references]  Display  Hide  Download

https://shs.hal.science/halshs-01217541
Contributor : Pierre Willaime Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Monday, October 26, 2015 - 2:35:47 PM
Last modification on : Tuesday, April 19, 2022 - 10:10:31 AM

Identifiers

  • HAL Id : halshs-01217541, version 1

Citation

Pierre Willaime. Le problème du novice et des deux experts en épistémologie sociale et l'architecture de la justification.. Congrès international triennal 2015 de la SoPhA, Jun 2015, Montréal, Canada. ⟨halshs-01217541⟩

Share

Metrics

Record views

201

Files downloads

120